Penser la Mort

Bonsoir à tous,

Il est vrai que le titre de cet article n’est pas attirant mais la mort nous concerne tous. J’ai décidé de vous en parler car c’est un thème qui revient souvent dans mes questionnements. C’est à cet instant que vous vous dites : « elle est complètement tarée Marie ! ». Cet article n’a pas pour vocation d’être négatif. Au contraire, c’est un article de réflexions sur la vie, ou plutôt sur la mort. Je vous fais part de mes questionnements, mes doutes et mes peurs.

On dit souvent de façon insouciante et légère « mourir fait partie de la vie » ou « on meurt tous un jour » mais on pense plutôt « mourir est la fin de la vie ». N’est ce pas ? En tant que Psychomotricienne en EHPAD et étudiante en licence de psychologie, je suis confrontée quotidiennement à la mort et à ses questionnements.

DE QUOI AI-JE PEUR ?

La plupart de mes peurs sont irrationnelles. Par exemple, j’ai peur d’être consciente de mourir et par conséquent, de savoir que je ne suis plus, que je n’existe plus. Pour tout être humain, la mort est une grande inconnue que nous ne pouvons pas nous représenter. Même si vous êtes croyants, la mort est la seule question pour laquelle nous n’avons pas de certitude. Nous n’avons pas de description exacte de ce qu’est la mort et ce qu’il y a après, si tant est qu’il y ait quelque chose. Pour se rassurer, chacun à sa propre vision de la mort : réincarnation, paradis/enfer, repos éternel …

Prendre conscience de l’infini de la mort est très angoissant. En tant qu’être humain, nous vivons dans un temps et un espace limités, nous ne sommes jamais confrontés à l’infini. D’ailleurs, si vous essayez de vous représenter ou mettre des mots sur ce qu’est l’infini, vous risquez de ne pas y arriver et avoir une migraine monstrueuse.

Avoir peur de la mort c’est aussi avoir peur de vivre. Par exemple, la peur de ne pas pouvoir profiter de la vie et de ne pas être assez fort pour faire face aux défis quotidiens. Pour ma part, cette peur de la mort me protège car je me cache derrière elle, c’est un prétexte pour ne pas profiter pleinement de la vie.

La mort est une peur existentielle et si nous n’étions pas, nous ne nous poserions pas de question. « Je pense donc je suis », cette expression prend tout sens. Et vous, avez vous cette appréhension ? Quelles sont vos peurs et comment y faites vous face ?

SUR LE PLAN PROFESSIONNEL

En tant que Psychomotricienne, je m’intéresse beaucoup au passé de mes résidents. Il me semble essentiel de connaître leur passé pour pouvoir les accompagner au mieux au sein de l’EHPAD. Lorsque je dialogue avec eux, j’imagine toujours la vie qu’ils ont pu mener. Leurs récits sont captivants et parfois tellement détaillés que je peux m’y projeter avec facilité.

[J’aime beaucoup quand mes résidents me relatent la Seconde Guerre Mondiale. J’apprécie particulièrement les récits sur cette période car je la trouve particulièrement intense en émotions. Elle fait ressortir ce qu’il y a de pire et de meilleur dans l’être humain.]

Voici une discussion que j’ai eu avec Mme A, 97 ans, au sujet de la mort. Je vous livre cet échange car je l’ai trouvé très touchant et plein d’espoir :

Moi : Comment allez-vous aujourd’hui ?

Mme A : Comme d’habitude. Vous savez, il n’y a rien à faire ici. Je m’ennuie…

Moi : Qu’est ce que vous aimeriez faire ?

Mme A : Avant, quand j’étais dans ma maison, je tricotais, je faisais de la couture… Ici, je suis inutile, je ne peux plus rien faire à cause du canal carpien et de mes yeux. J’ai envie que cela s’arrête.

Moi : Comment cela ?

Mme A : Je ne demande pas à mourir mais j’ai assez vécu. Mon père est mort à 69 ans et ma mère est morte à 87 ans. Quand j’ai eu 86 ans, je me disais que cela n’allait pas tarder. Et vous vous rendez compte, j’ai 97 ans !![…]

Moi : Avez vous peur de mourir ?

Mme A : Pourquoi aurais-je peur de fermer les yeux ? Par contre, je n’ai pas envie de souffrir. Ceux qui sont morts ne sont jamais revenus, c’est qu’ils doivent être bien là bas. 

Discuter avec mes résidents de la mort m’apaise. La plupart n’appréhende pas de mourir. Au contraire, certains l’attendent calmement car selon eux, ils ont déjà « trop vécu ». A mon âge, j’ai l’impression que la vie passe trop vite mais au leurs, elle passe trop lentement. Leur calme et leur apaisement lorsqu’ils m’en parlent me réconforte.

Une des raisons qui m’a poussée à poursuivre mes études en psychologie est l’envie d’accompagner au mieux les personnes en fin de vie.

ACTES & DEVENIR

L’autre jour, j’ai eu une discussion avec une amie et collègue aide-soignante à propos d’une résidente, Mme X. Celle-ci a été médisante avec son entourage et ses proches pendant toute sa vie. A la suite d’un AVC, Mme X est devenue grabataire. Elle ne parle plus et a besoin d’aide pour toutes les activités de la vie quotidienne. Elle passe la plupart de son temps au lit car elle ne peut participer à aucune activité.

Une question m’est venue à l’esprit et je me suis sentie coupable d’y avoir pensé : mérite-t-elle de finir ses jours grabataire ? Peut-on considérer son état grabataire comme une punition pour ses actes passés ?

Considérer que ses actes et son comportement sont à l’origine de son état, revient a dire qu’il y a un destin, une vie toute tracée. Pour ma part, je ne crois pas au destin, je pense que nos choix nous définissent et que nous choisissons la vie que nous souhaitons mener.

Voici un exemple plus parlant :  Pourquoi punir un enfant ? Pour qu’il apprenne de ses erreurs et essaie de faire mieux à l’avenir. L’enfant est puni mais on lui pardonne ses actes et erreurs passés.

Dans le cas de Mme X, son état ne doit pas être considéré comme une une punition. Si c’était le cas, Mme X aurait eu le choix entre avoir le même comportement ou changer pour devenir meilleure. Je suis de celle qui croit aux secondes chances car on fait tous des erreurs et une des qualités de l’être humain est de savoir pardonner.

Malgré toutes les actualités morbides, je crois profondément en l’être humain.

J’espère que cet article ne vous aura pas gâché votre soirée et que vous n’en ferez pas de cauchemars. N’hésitez pas à laisser des commentaires afin que l’on puisse échanger sur ce sujet. Je vous embrasse,

MARIE ♥

 

 

11 réflexions sur “Penser la Mort

  1. Marlène dit :

    J’aime beaucoup tes articles. Ta simplicité, ta pertinence, ton honnêteté. Je retrouve mes propres questionnements dans ceux que tu soulèves dans cet article. Ça fait du bien de voir tout ça écrit noir sur blanc, je trouve !
    Bonne continuation ❤

    Aimé par 1 personne

    • Marie dit :

      Merci Marlène ! Je sais que cet article peut faire peur mais comme tu l’as dit, je suis honnête et authentique. Ce sont de vrais questionnements et cela fait du bien de pouvoir les écrire ! Je te souhaite une belle journée, des bisous 🤗

      J'aime

  2. Anaïs dit :

    J’aime beaucoup ton article.
    Personnellement J ai pas peur de la.mort en soit, j’ai surtout peur de ne pas avoir assez vécu, assez profité. Ce sont mes plus grandes craintes.
    J’ai par exemple la phobie de finir paralysée et qu’au final je regrette de ne pas avoir voyagé comme j’aurai du.
    Mais en soit j’apprécie énormément ton article !

    Aimé par 1 personne

    • Marie dit :

      Hello Anais, merci pour ton commentaire ! Ce qui me fait le plus peur, c’est de ne pas profitez assez et surtout me dire que tous mes proches ne seront pas là jusqu’à la fin de ma vie …
      Merci à toi ma belle, je te fais plein de bisous 🤗

      J'aime

  3. mindandbeauty dit :

    Coucou!
    Je dois dire que le titre de ton article m’a fait réfléchir à deux fois avant de l’ouvrir. Finalement, c’est la curiosité qui a pris le dessus et je ne suis pas déçue. Je trouve ton article très intéressant. J’ai beaucoup apprécié cette conversation très touchante avec Mme A.
    Mon avis concernant la mort est assez long et complexe.
    Quand j’étais petite je disais « Je n’ai pas peur de mourir mais de la façon de mourir ». J’avais peur de la douleur et la souffrance qu’on peut ressentir.
    Aujourd’hui, cela me fait toujours peur mais le fait de ne pas avoir pu réaliser mes rêves avant de mourir m’effraie tout autant. Je pense aussi à s’il y a une « vie » après la mort, un paradis, un monde parallèle etc… Chaque fois que je me questionne sur la mort je peux passer des heures à imaginer de nombreuses possibilités.
    Tia

    Aimé par 1 personne

  4. Michèle dit :

    La mort est inévitable ,du coup il faut vivre chaque jour comme le dernier dixit Corneille,profiter de l’instant présent,faire du Bien autour de soi et aimer car si on le veut ou Pas il n’y apas encore De médicaments contre la mort ,les bonnes œuvres faites de notre vivant nous rendrons immortelle

    Aimé par 1 personne

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