Ma famille monoparentale

Bonsoir à tous,

Suite à mon précédent article intitulé « Mon adoption », beaucoup d’entre vous m’ont questionnée à propos de la famille que je forme avec ma mère.

Petit récap’ des épisodes précédents :

Ne pouvant pas attendre le prince charmant éternellement, ma mère a pris le taureau par les cornes en décidant d’adopter seule.

On appuie sur <avance rapide> : Année 1995, me voilà arrivée en France. Ma mère et moi formons une famille monoparentale. Et oui, malheureusement mon poisson rouge, Moby Dick, n’est pas considéré comme mon père à sa plus grande déception.

Article - Ma famille monoparentale
Photo : My Lovely Thing

L’ABSENCE DE PÈRE NE T’A-T-ELLE PAS MANQUÉ ? 

Tout d’abord, une personne ne peut pas vous manquer si vous ne l’avez jamais connu. Et là, vous prenez conscience de l’importance de cette phrase ! Par exemple, la glace au chocolat ne peut pas vous manquer si vous n’en avez jamais goûté. De même, il est difficile de comparer la glace au chocolat que vous n’avez jamais goûté et la glace à la vanille que vous mangez tous les jours ! Je ne peux pas comparer une situation que je ne connais pas à une situation que je vis tous les jours.

Le propre de l’être humain est sa capacité à s’adapter à de nouvelles situations et à surmonter des épreuves. Si j’avais eu un père, ma vie aurait été différente mais je n’aurais pas forcément été plus heureuse.

Je n’ai pas souffert de l’absence de père mais j’ai souffert du regard des autres. A l’école, les autres enfants ne comprenaient pas les raisons pour lesquelles je n’avais pas un papa ET une maman. Je ne leur en veux pas mais j’en veux à leurs parents qui les ont éduqués de façon à leur faire croire que l’absence de père est anormale. Il faut changer cette façon de penser. Au lieu de juger les autres par leurs différences, il faudrait leur porter un regard positif. Certes, je n’ai pas eu de père mais j’ai eu une mère très courageuse et pleine de patience. Enfant, j’avoue ne pas lui avoir facilité la tâche.

COMMENT AS-TU SURMONTÉ LE COMPLEXE D’ŒDIPE ?

Pour ceux qui ne savent pas, le complexe d’Œdipe se traduit, entre l’âge de deux ans et demi et sept ans, par le rejet inconscient et normal du parent de même sexe, dû à une projection amoureuse sur le parent de sexe opposé. Cette étape se résout naturellement par l’identification progressive au parent de même sexe.

J’ai souvent entendu et lu que je n’avais pas pu faire mon complexe d’Œdipe. Je me dois de faire un clin d’œil aux copains de l’IED. Le complexe d’Œdipe parle de « référents« . Ce n’est pas parce que je n’ai pas eu de père que je n’ai pas eu de référents masculins ou d’images masculines.

COMMENT AS-TU VÉCU LE FAIT DE VIVRE SEULE AVEC TA MÈRE ?

Pour ne rien vous cacher, j’ai une relation assez fusionnelle avec ma mère. Cela semble presque inévitable : j’ai vécu 20 ans seule avec elle dans un appartement de 94 m2 où il faut passer par sa chambre pour accéder à la salle de bain … Nous sommes très complices et n’avons pas de tabou. Nous partageons énormément de choses ensemble. Le risque d’une relation comme la nôtre est le conflit puisqu’il n’y a pas de tiers pour apaiser nos tensions et nous raisonner en cas de désaccord.

EN VEUX-TU A TA MÈRE DE T’AVOIR ADOPTÉE SEULE ?

NON, je n’en veux absolument pas à ma mère. Je vous avoue que c’est une question que je ne m’étais jamais posée auparavant.

Je suis extrêmement reconnaissante envers ma mère de m’avoir adoptée. Elle m’a élevée seule en m’inculquant des valeurs et des principes profondément humains et en m’éduquant de la plus belle des manières, dans l’amour. Ma mère s’est toujours sacrifiée pour moi et elle a fait passer mon bien-être avant le sien. Elle a travaillé dur et continue de le faire. Je n’ai jamais manqué de rien.

Plusieurs fois, j’ai imaginé quelle aurait été ma vie au Vietnam si je n’avais pas été adoptée. J’ai eu beau tourner et retourner la situation de nombreuses fois dans ma tête, la réponse était toujours la même : je n’aurais jamais eu la vie que j’ai.

Ma mère m’a adoptée seule car elle a pensé à moi et a fait de nombreux choix pour mon bien même avant ma naissance, ses choix de vie m’ont protégée. Elle s’est séparée des personnes qui auraient pu être nocives pour moi.

QUELLES SONT TES PEURS ?

Ma peur est sensiblement la même depuis que je suis enfant. C’est celle de perdre ma mère. Nous partageons une relation très forte depuis qu’elle m’a adoptée et je réussis à peine à prendre conscience qu’un jour elle s’en ira. Après tout, peut on être prêts à voir ses parents partir ?

Quand j’étais petite, j’avais très peur que ma mère meure avant d’avoir atteint l’âge de la majorité. Je n’ai personne comme famille proche mis à part mon oncle et ma tante que je ne vois qu’une fois par an à l’occasion de Noël. Je suis sûre que certains sont dans la même situation : avoir une famille mais être seule.

Pour toutes les mères qui élèvent seules leurs enfants, je vous trouve admirables. Voilà, j’espère que cet article vous aura plu, n’hésitez pas à me donner votre avis.

Je vous embrasse,

MARIE ♥

PS : L’image provient du site internet de My Lovely Thing, un vrai coup de cœur ! N’hésitez pas à aller y jeter un coup d’œil.

Mon adoption

Bonsoir à tous,

Pour mon premier article, je souhaite vous parler d’un sujet qui me tient beaucoup à cœur : mon adoption. Beaucoup d’entre vous ne le savent pas, car je ne le crie pas sur tous les toits, mais j’ai été adoptée. Je suis sûre que vous connaissez tous au moins une personne dans votre entourage qui a été adoptée !

Ce soir, j’écris cet article pour vous raconter ma vision de l’adoption et mon ressenti. Lorsque les médias traitent de l’adoption, il est rare que cela soit pour ses aspects positifs. Il faut admettre que certaines adoptions sont plus difficiles que d’autres mais dans la majorité des cas, l’adoption se passe bien et l’enfant est épanoui.

L’adoption est un sujet qui peut susciter une vive curiosité et beaucoup d’interrogations. Si je n’ai pas répondu à toutes vos questions, n’hésitez pas à laisser un commentaire.

POURQUOI ADOPTER ?

Certains choisissent librement d’adopter un enfant. Pour d’autres, le choix vient de l’impossibilité à concevoir un enfant biologiquement. Pour ma mère, l’adoption a été à la fois un choix et une solution. Cela a été un choix car elle n’a jamais rencontré le prince charmant qui aurait pu être un bon père pour ses enfants. A 40 ans, l’horloge biologique tourne, elle a donc décidé d’adopter et élever seule un enfant. Vous connaissez l’adage « mieux vaut être seule que mal accompagnée ». Ma mère est une femme très forte et courageuse, je l’admire beaucoup ! De plus, quelques années auparavant, ma mère a subi une hystérectomie.

Selon ses dires, lorsque ma mère m’a prise dans ses bras pour la première fois, elle s’est tout de suite sentie mère. Dans l’adoption, le désir d’avoir un enfant est mis à rudes épreuves notamment à cause des démarches administratives interminables et très éprouvantes psychiquement. Ma mère ne m’a pas désirée pendant neuf mois mais pendant deux longues années !

OÚ AS-TU ÉTÉ ADOPTÉE ? Á QUEL ÂGE ?

J’ai été adoptée à Hué au Vietnam, à l’âge d’un mois. Il y a 20/30 ans, beaucoup d’enfants ont été adoptés au Vietnam car à l’époque, le pays était assez ouvert à l’adoption.

VIETNAM

QUAND AS-TU APPRIS QUE TU ÉTAIS ADOPTÉE ?

Je n’ai jamais « appris » que j’avais été adoptée, je l’ai toujours su. Ma mère a toujours été honnête et franche avec moi par rapport à mon adoption. A la maison, le sujet n’est pas un tabou. Au contraire, ma mère est toujours à l’écoute et disponible pour répondre à mes questions.

Encore aujourd’hui, je peux avoir des questions soudaines comme : « si tu avais adopté un autre enfant, l’aurais-tu aimé autant que moi ? ». Tous les enfants qu’ils soient adoptés ou non se posent des questions sur leur naissance.

CHERCHES-TU Á RETROUVER TES PARENTS ?

Le contexte de mon adoption est un peu particulière. Avant d’être adoptée, j’ai été abandonnée devant une crèche au Vietnam. Il n’y a donc aucun moyen de retrouver mes parents biologiques.

Contrairement à certains enfants adoptés, je n’ai jamais cherché à retrouver mes parents biologiques. Peut-être parce que je savais que cela n’était pas possible ? Même si retrouver mes parents biologiques avait été possible, je ne pense pas que je l’aurais fait. Tout d’abord, je n’ai vécu qu’un mois au Vietnam et avant 3 ans, nous n’avons pas de souvenir. De plus, mon identité est celle que je me suis construite depuis que j’ai été adoptée par ma mère et que je vis en France. J’ai été élevée dans l’amour et la chaleur, à aucun moment je n’ai ressenti le besoin d’avoir d’autres parents que ma mère adoptive. D’ailleurs, cela me fait bizarre d’écrire « mère adoptive » car c’est ma mère, la seule et l’unique !

AS-TU EU LA SENSATION D’ÊTRE DIFFÉRENTE QUAND TU ÉTAIS PETITE  ?

Oui, j’ai eu la sensation d’être différente. Déjà, je ne ressemblais physiquement à aucun autre enfant mais quand on est enfants, on ne se préoccupe pas ou peu de l’apparence. On regarde ses parents, on les admire, on s’identifie à eux et on s’imagine vieillir de la même façon. Par exemple, à chaque fois que je me regardais dans le miroir, j’étais surprise car inconsciemment je m’attendais à ressembler à ma mère quand elle était enfant.

Aussi, je me sentais différente car j’étais l’une des rares enfants de mon école à avoir été adoptée. En plus, je n’avais qu’un seul parent, ma mère, alors que tous les autres enfants avaient un papa ET une maman. Vous savez, les enfants peuvent être très méchants entre eux et j’ai des souvenirs des autres enfants qui se moquaient de moi. Ce n’est pas mon adoption qui pourrait être traumatisante mais plutôt la réaction des autres.

COMMENT AS-TU VÉCU LE FAIT D’AVOIR UNE MÈRE PLUS ÂGÉE ?

Comme je vous l’ai dit, ma mère avait 43 ans quand elle m’a adoptée. Quand on est enfant, on ne s’interroge pas sur l’âge de ses parents par rapport aux autres.

A l’adolescence, on se cherche et on cherche à se faire une place dans le monde des adultes. On se questionne et on essaie de trouver des réponses en observant les autres. Par conséquent, on se compare en étant persuadés que les pratiques et comportements d’autrui sont la norme. C’est à l’adolescence, que j’ai pris conscience que ma mère était « plus âgée » que certaines mères de mes amis.

Ma première réaction a été d’éprouver de la peur. J’ai eu peur de la perdre et de ne pas pouvoir en profiter assez longtemps. J’ai eu peur de perdre ma maman avant d’avoir 18 ans, j’ai eu peur qu’elle puisse avoir une maladie grave etc. Pour agir contre cette peur, j’ai adopté, c’est le cas de le dire, une attitude de surprotection envers ma mère. Je faisais attention et veillais sur elle comme si elle était mon propre enfant. Les rôles s’étaient inversés… Avec le temps et une thérapie, ma peur a diminué et nos rôles sont redevenus celui d’une mère et sa fille. Dans un autre article, je vous parlerai de notre relation fusionnelle.

Aujourd’hui encore, j’ai peur de perdre ma maman pourtant je suis devenue une adulte. Mais face à elle, je resterai toujours une éternelle enfant avec cette peur qu’elle parte trop tôt. Peu importe l’âge, on a toujours besoin de ses parents … N’est ce pas ?

QUE PENSES-TU DE TON ADOPTION ?

Mon adoption a été mon plus beau cadeau. Grâce à cela, j’ai une qualité de vie que je n’aurais surement pas eu si j’étais restée au Vietnam. J’ai été adoptée par une mère aimante qui m’a élevé dans l’amour et avec beaucoup de tendresse. Elle m’a inculqué des valeurs profondément humaines, empreintes de respect et de bienveillance.

Je n’en veux pas à ma mère biologique de m’avoir abandonné. Mon abandon n’a surement pas été facile et je respecte ses raisons malgré le fait que je ne les connaisse pas. Cette femme m’a donnée la vie, elle m’a permis de rencontrer ma mère. Cela peut paraître paradoxal mais je lui en suis très reconnaissante.

Voilà comment ma vie a commencé. J’espère que cet article vous aura plu. N’hésitez pas à laisser un petit commentaire pour me donner votre avis.

Je vous embrasse,

MARIE ♥

PS : Quelques photos de moi. J’ai l’air triste, n’est ce pas ?